Alliance Renault-Nissan : la fin de 24 ans de partenariat ?

Écrit par La rédaction le 6 février 2024

Alliance Renault-Nissan : un divorce qui ne dit pas son nom

Bien que l’Alliance entre Renault, Nissan et Mitsubishi perdure sur le papier, les trois constructeurs prennent leurs distances et conservent principalement des liens capitalistiques. Exit la centrale d’achats communs et le partage d’informations, place à une organisation où chacun gagne en indépendance. Pour le meilleur ou pour le pire ?

 

Un communiqué laconique en guise d’adieu

La fin de l’Alliance Renault-Nissan, telle qu’on la connait actuellement, n’est pas nouvelle : elle a déjà été évoquée le 6 février et le 26 juillet dernier. Un communiqué de presse en date du 26 septembre 2023 l’a finalement actée. Pour le moins laconique, le document annonce que Renault Group, Nissan Motor Co. et Mitsubishi Motors Corporation font « évoluer leur modèle de collaboration pour le rendre plus agile et renforcer sa compétitivité ». Dans l’optique d’une gouvernance plus « équilibrée, équitable et efficace », un accord a été trouvé entre les trois protagonistes : il devrait entrer en vigueur d’ici la fin de l’année.

Renault annonce que « l’organisation de l’Alliance passera d’un modèle standardisé à l’échelle mondiale à une coopération axée sur les projets afin de permettre des décisions plus rapides et agiles, adaptée aux exigences de chaque région ». Autrement dit, l’Alliance abandonne son organisation d’achats communs et le partage d’informations, pierre angulaire d’une vingtaine d’années de coopération. Par cette décision, les trois constructeurs font le choix de gagner en autonomie et en indépendance. Le motif avancé ? Des marchés respectifs soumis à des contraintes différentes, notamment en ce qui concerne la réglementation et le rythme de développement de la voiture électrique (1).

 

Une alliance portée à bout de bras par Renault

C’est en 1999 que le partenariat entre Nissan et Renault débute. À cette époque, le constructeur japonais est au bord du gouffre et la marque au losange prend alors un risque conséquent pour sauver son homologue. Pour cela, Renault prend les commandes : il obtient plus de 43 % du capital de Nissan avec les droits de vote associés, alors que le Japonais prend 15 % de Renault sans le moindre droit de vote. Cette situation perdure sans heurt notable pendant une quinzaine d’années, la marque nippone devenant même une source importante de revenus pour l’Alliance.

Finalement, c’est une réglementation tricolore qui vient bouleverser la donne : la loi Florange de 2015. Celle-ci instaure principalement le principe des droits de vote double : l’emprise de Renault sur Nissan s’intensifie considérablement, au grand dam du constructeur japonais. Ce déséquilibre entraîne alors des tensions au sein de Nissan, celui-ci souhaitant retrouver davantage de liberté.

 

Une nouvelle liberté pour Nissan

Annoncée comme un « rééquilibrage » par les constructeurs, la fin de l’Alliance est en réalité une petite victoire pour l’industriel nippon qui redevient libre de ses actions. Cette évolution du partenariat a en effet plusieurs conséquences :

  • l’abandon de la structure commune d’achats qui employait 1 400 personnes ;
  • la limitation des échanges techniques et technologiques ;
  • une diminution à 15 % de la participation de Renault au capital de Nissan;
  • l’obtention de droits de vote par Nissan au sein de Renault.

Alors qu’une fusion entre Renault et Nissan avait un temps été évoquée, dans l’optique de sécuriser l’Alliance, c’est finalement l’inverse qui se produit. Sans surprise, les salariés de Renault ont ainsi appelé, début novembre, à interrompre tout partage d’informations avec les deux autres constructeurs. Hormis les liens capitalistiques qui subsistent entre les trois groupes, des accords ponctuels pourront néanmoins intervenir au cas par cas pour sauver la face. La fin de l’aventure semble donc bel et bien actée.

 

Entre inquiétude et bonne dynamique

Chez Renault, les salariés n’hésitent pas à parler d’un « divorce », un terme que récuse la direction. Pourtant, la prise de distance entre les trois constructeurs ressemble bien à la fin de l’idylle. La situation n’est d’ailleurs pas sans soulever des inquiétudes, tout particulièrement concernant le sort des 1 400 salariés de la centrale d’achats communs. Mais c’est aussi le cas pour les salariés des usines françaises de Renault qui produisent des modèles Nissan, notamment à Maubeuge et à Sandouville. Et bien que le constructeur ait annoncé qu’aucun licenciement n’aurait lieu, cette évolution de l’Alliance plonge le groupe dans une certaine incertitude.

Malgré tout, les résultats financiers et commerciaux invitent à l’optimisme. Les très bons chiffres de Renault tout d’abord, avec un chiffre d’affaires en hausse de 7,6 % au 3e trimestre 2023 et des ventes atteignant 10,5 milliards d’euros. Même tendance chez Nissan, où le chiffre d’affaires a bondi de 36,5 % sur un trimestre. La menace chinoise pourrait néanmoins affaiblir le constructeur nippon, d’autant plus s’il ne bénéficie plus de la force de frappe de l’Alliance. Il table d’ailleurs sur un recul de ses ventes en volume d’environ 23 % pour 2023-2024 (2). Le début de l’année prochaine sera décisif pour mieux apprécier les contours de cette nouvelle Alliance, mais aussi pour juger de ses conséquences, bonnes comme mauvaises.

 

Sources : 

(1) L’Alliance évolue vers une coopération plus efficace et plus agile, axée sur les projets – Renault Group – 2023

(2) Renault et Nissan mettent un terme au partage d’informations, nouvelle étape de l’alliance – La Tribune – 2023

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