Interview de Monsieur Bardinon, Président de la maison Chapal

Écrit par La rédaction le 28 janvier 2016
Interview de Monsieur Bardinon, Président de la maison Chapal

Créée en 1832, CHAPAL est une maison de prêt à porter de luxe et de maroquinerie.

Aujourd’hui, l’univers automobile est source d’inspiration de la Maison , la passion de Jean-François Bardinon, son actuel PDG. Les amateurs de sports automobiles connaissent bien cette marque qui habille à la fois les coureurs et l’intérieur de leur automobile dans le cadre d’événements comme Le Mans Classic, le Tour Auto, les Mille Miglia …

C’est la raison pour laquelle Reezoblog souhaite vous faire découvrir la marque CHAPAL et son univers.

Monsieur Bardinon, quelle est l’histoire de CHAPAL ?

CHAPAL est une entreprise familiale, je suis la sixième génération à être à la tête de cette maison qui est d’origine creusoise. Au 19ème siècle, mes aïeux ont eu une idée, qui a été d’appliquer sur les peaux de lapin une technique de teinture sur soie qu’ils avaient apprise à Lyon. Ils ont donc commencé à faire du commerce de peau de lapin. En appliquant cette teinture, ils pouvaient imiter des fourrures très fines, c’est alors qu’ils ont réussi le pari de démocratiser la fourrure. À partir de ce moment, tout est allé très vite, en une vingtaine d’années, CHAPAL était devenue l’une des premières industries en Europe et dans le Monde. Jusqu’à la seconde Guerre Mondiale, l’entreprise comptait plusieurs milliers d’ouvriers. Au-delà d’être spécialisée dans le lapin, la maison faisait également de la confection et de la fabrication de feutre. À l’époque, la fabrication de chapeaux en feutre était l’une des activités les plus importantes de CHAPAL. Les affaires marchaient tellement bien que la notion de « marque » n’était pas aussi évidente qu’elle l’est aujourd’hui. CHAPAL ne courait pas après la notoriété de son nom puisqu’elle était n°1 dans son domaine et que toutes les maisons de fourrure travaillaient avec elle. Puis il a fallu se diversifier, donc de nouvelles activités, comme le cuir, sont venues se greffer à l’activité initiale. De grands projets ont marqué l’entreprise Chapal : en 1914, nous avons fabriqué les vestes pour l’armée de l’air française, nous avons également inventé des procédés de tannerie sur la peau de mouton, puis il y a eu les procédés de plastification pour l’armé de l’air Américaine, enfin, l’ouverture aux fourrures beaucoup plus fines comme le vison a été un vrai tournant pour l’entreprise.

A partir de 1940, la mode connaît un véritable bouleversement avec l’arrivée du Nylon et du Jean. La population a alors commencé à s’habiller différemment et le lapin a fini par presque disparaître. A cet instant, CHAPAL sait qu’elle doit se réinventer si elle veut survivre.

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Qu’est-ce qui vous a poussé à faire revivre la marque CHAPAL ?

Bercés par la marque CHAPAL depuis toujours, nous avons tous été très marqués dans notre famille par l’entreprise.

Pierre CHAPAL crée la marque et cinq de ses enfants partent vivre habiter aux Etats-Unis. Le nombre de descendants est plutôt important, mais la chance a voulu que tout se concentre sur notre branche. Il est vrai que nous n’avons pas rencontré les mêmes problèmes que certaines grandes maisons où le capital est dilué entre de nombreux héritiers.

Nous avons toujours cru en notre entreprise et c’est la raison pour laquelle nous avons racheté les parts de nos cousins.

Puis il faut dire que ma grand-mère m’a toujours bercé de toutes les histoires de la famille et de la marque CHAPAL. Donc dans mon imaginaire créatif, je m’y suis émergé et me suis senti bien dans cette entreprise. Je ne me suis pas trop posé de questions, bien que j’ai toujours voulu faire du cinéma…

Il était tout à fait naturel pour moi que je fasse, non pas revivre, mais connaître la marque.

Plutôt que d’être un grand industriel de la fourrure ou du cuir, ce qu’il est difficile d’être aujourd’hui, je me suis consacré à la notoriété de la marque. J’ai réduit la taille de l’organisation, j’ai arrêté de faire de la sous-traitance pour les autres entreprises et ai tout concentré sur la marque CHAPAL. C’est à ce moment que j’ai commencé à communiquer sur la Maison.

Je n’avais qu’une seule obsession, celle de faire connaître la marque.

Quel est le lien entre CHAPAL et l’automobile ?

Comme toute personne qui réussit dans la vie, l’automobile au 20ème siècle est un signe de reconnaissance et de luxe et mes parents aimaient l’automobile de luxe. C’est surtout mon père qui, pour quelle raison, ça je ne peux pas vous le dire, est un passionné d’automobile.

Très tôt il a commencé à rouler en Bugatti -pas courant pour l’époque- puis, il a toujours roulé dans des voitures de course.

D’ailleurs, il faisait beaucoup de courses auto. Malgré son désir, il n’a jamais pu être pilote car il a eu très tôt la responsabilité de CHAPAL.

Etant un grand passionné, il a constitué une collection de voitures et s’est construit un circuit automobile. J’ai donc toujours été bercé par l’automobile.

Il est vrai que nos collections sont toujours inspirées de l’automobile et cela est tout naturel pour moi puisque c’est mon éducation.

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« J’aime l’automobile, j’en suis un passionné »

Qu’est-ce qui vous passionne le plus, la mode ou l’automobile ?

La mode ! Pour tout vous dire, avant d’entrer chez CHAPAL, je voulais être pilote auto ou faire du cinéma. J’ai beaucoup pratiqué le sport auto jusqu’à mes 25-30 ans, puis l’automobile est devenue très populaire.

Mon père était précurseur dans l’automobile ancienne et un jour, il s’en est désintéressé car il trouvait que les personnes qui s’y intéressaient n’avaient plus sa façon de voir les choses. J’ai ressenti cette même vision parce qu’aujourd’hui, beaucoup de personnes s’intéressent à l’automobile seulement pour les valeurs que cela représente, alors que moi, j’aime l’automobile pour l’automobile, pour la mécanique etc

Donc oui, j’aime l’automobile, j’en suis un passionné, mais si vous me demandez ce que je préfère, je vous réponds la mode.

Possédez-vous des voitures de collection ?

J’ai une voiture que j’aime beaucoup, qui est une Allard. C’est une voiture Anglaise de 1950 qui avait fini deuxième au 24h du Mans en 1950. C’est justement le côté privé et inconnu de l’automobile qui me plaît. J’ai acheté cette voiture il y a une trentaine d’années, je l’ai refaite moi-même comme un vieux meuble. C’est LA voiture que je chéris et que j’aime plus que tout. Après, j’ai des petites autos, des Austin et quelques Ferrari de collections de par ma filiation familiale.

Vous baignez depuis votre plus tendre enfance dans l’automobile et dans la magnifique collection du Mas du Clos de votre père. Comment définissez-vous la collection et comment expliquez-vous la qualité et la notoriété de la collection Pierre Bardinon ?

La qualité est due à l’homme avant tout et ça, j’espère que c’est dans les gênes de la famille. Puis mon père est tombé sur une marque qui est devenue emblématique.

Donc son travail bien fait, son choix des modèles de l’époque – que des voitures de course – et cette marque qu’il affectionnait ont fait qu’il a réussi à créer l’une des plus grosses collections de Ferrari au monde.

C’est uniquement la passion qui l’a emmené vers ça, il a possédé plus de 200 voitures.

Avez-vous des souvenirs d’enfance à bord de voiture d’exception ?

Oui ! J’aimais bien quand on avait une Jaguar MK10. Il y avait une petite tablette en bois à l’arrière et cela me fascinait.

Je me souviens, un jour, alors que l’on rentrait d’une course au Mans, on a fait un tête-à-queue dans cette voiture. C’était le chauffeur qui conduisait car mon père était hospitalisé suite à un accident lors de la course. C’est une anecdote qui m’a beaucoup marqué.

Je me rappelle aussi que parfois nous étions à cinq plus le chien dans une Jaguar E, chose impossible aujourd’hui.

De grandes marques de luxe se sont associées à des constructeurs automobile comme Gucci et la Fiat 500 ou encore la fameuse Mini et Paul Smith. Vous, vous l’avez fait avec la Jaguar XKR, pourquoi ce modèle ?

J’avais initié auprès de nombreux constructeurs ma volonté d’investir CHAPAL dans une automobile pour la recréer et Jaguar a répondu présent.

 

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« Les Morgan Three Wheeler collent parfaitement à la philosophie de CHAPAL»

Souhaiteriez-vous être associé à une marque automobile autre que Jaguar ?

Oui, c’est toujours intéressant de pouvoir réfléchir sur les autos. J’aimerais bien essayer les Morgan Three Wheeler car elles collent parfaitement à la philosophie de CHAPAL.

Vous associez Paul Belmondo à CHAPAL, quelle est votre histoire commune ?

Je connaissais déjà la famille Belmondo. Paul nous connaissait car il pratiquait beaucoup l’automobile et était venu courir sur notre circuit. J’ai senti en lui les mêmes valeurs que celles que je partage, qui sont la gentillesse, la simplicité et l’authenticité. L’automobile nous a également rapproché. Puis nous avons des intérêts qui convergent, lui défend le nom BELMONDO et moi celui de CHAPAL. Paul est donc devenu très naturellement l’ambassadeur de la marque CHAPAL.

De nombreuses courses de voitures anciennes existent comme le Tour Auto ou encore le Grand Prix de l’Age d’Or, pourquoi avoir choisi Le Mans Classic pour votre partenariat ?

A l’origine, nous l’avions fait avec les personnes de chez Peter. Nous avions choisi Le Mans Classic parce que c’est l’événement mondial de la voiture ancienne de collection. Les 24h du Mans sont pour moi, LA course la plus emblématique qui soit. Cela a duré 2 ou 3 éditions. Aujourd’hui et depuis quelques années, nous avons une boutique sur le circuit où sont exposés nos modèles emblématiques !

En tant que gentleman driver, s’il ne devait y avoir plus qu’une seule voiture, laquelle garderiez-vous ?

C’est un choix difficile, donc je vais vous donner deux noms de voiture. Je garderais ma Renault 4CV et mon Allard !

 

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